Santé Montréal

Agriculture urbaine - Sols contaminés

Information générale

L’île de Montréal est particulièrement touchée par la problématique des sols contaminés en raison des anciennes activités industrielles qui se sont déroulées dans le passé sur son territoire. Certains terrains où des projets d’agriculture urbaine sont aménagés (ou le seront dans le futur) ont donc pu supporter par le passé des activités qui ont contaminées le sol. Cette contamination pourrait représenter un risque à la santé si une personne est fortement exposée via l’inhalation de particules remises en suspension, l’ingestion involontaire de sols, la consommation de certains légumes ou fruits qui ont poussés dans des sols fortement contaminés ou le contact cutané avec les sols. Avant de réaliser un projet d’agriculture urbaine en ville, quelques vérifications s’imposent. 

Au Québec, les sols contaminés sont gérés par le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) à l’aide de critères établis en fonction des usages prévus pour le terrain (résidentiel, commercial et industriel). Ces critères (A, B, C et RESC) ont été élaborés afin de protéger la santé des citoyens, la faune et la flore, et de prévenir la contamination des eaux souterraines. Les critères A représentent les concentrations de métaux et autres paramètres inorganiques qu’on retrouve naturellement dans les sols non contaminés au Québec (niveau bruit de fond) et les limites de détection recommandées pour l’analyse des substances organiques en laboratoire. Les critères B représentent les concentrations maximales acceptables pour la construction résidentielle, particulièrement pour les édifices où les résidants ont accès à des lots privés (ex. : maison unifamiliale, maison en rangée, duplex, triplex, etc.) ainsi que pour certains usages récréatifs et institutionnels sensibles. Les critères C représentent les concentrations maximales permises pour des terrains à vocation commerciale ou industrielle. Enfin, les critères RESC, tirés du Règlement sur l’enfouissement des sols contaminés, représentent les concentrations maximales permises pour enfouir des sols contaminés dans un lieu d’enfouissement autorisé et sécuritaire sans traitement préalable. 

Il n’existe pas de critères spécifiques pour la culture de fruits et de légumes dans des jardins. Cependant, les niveaux de contaminants mesurés dans les sols des terres agricoles du Québec sont généralement inférieurs aux critères A. 

La Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) considère que des niveaux de contamination jusqu’aux critères B seraient acceptables pour la culture maraîchère non commerciale dans des jardins déjà établis, car ils protègent adéquatement la santé des consommateurs. La DRSP estime cependant que le respect des critères A serait un objectif souhaitable pour tout nouveau jardin afin que les niveaux de contamination des fruits et des légumes qui y sont cultivés soient le plus faibles possibles. 

Démarche pour aménager un nouveau jardin

L’implantation de nouveaux jardins communautaires par la Ville de Montréal est encadrée par la Politique de protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés et les règlements du MELCC. Cette démarche comprend une évaluation environnementale afin d’estimer le potentiel de contamination du terrain, une étude de caractérisation qui mesure cette contamination et, le cas échéant, des travaux de restauration de ce site. Elle peut toutefois engendrer des coûts élevés. 

Les citoyens et les groupes communautaires qui souhaitent aménager de nouveaux jardins sur des terrains disponibles à Montréal peuvent difficilement suivre une telle démarche compte tenu des coûts importants pour mesurer les principaux contaminants : métaux, hydrocarbures pétroliers et hydrocarbures aromatiques polycycliques ainsi que les coûts de décontamination d’un site. Il est toutefois possible d’aménager temporairement un jardin sur un terrain disponible dont le niveau de contamination des sols n’est pas connu afin de permettre la culture non commerciale de fruits et de légumes tout en s’assurant que ces végétaux ne poussent pas dans des sols contaminés. Les sections suivantes expliquent comment évaluer s’il y a des signes de contamination dans le terrain et les mesures à prendre si le terrain semble contaminé.  

Recherche historique

D’emblée, les terrains reconnus pour avoir déjà supporté des activités industrielles lourdes (une cour de triage de trains, une raffinerie, une fonderie, etc.) ou une station-service ne devraient pas être envisagés pour y établir de nouveaux jardins sans qu’une étude de caractérisation exhaustive permettant de déterminer l’état réel des sols ne soit d’abord effectuée. Les terrains où il y a déjà eu des activités commerciales réglementés par le MELCC (voir l’annexe III du Règlement sur la protection et la réhabilitation des terrains) ou ceux dont la réutilisation du terrain est assujettie à l’article 31.57 de la Loi sur la qualité de l’environnement ne devraient pas être envisagés pour y établir de nouveaux jardins sans avoir suivi les démarches requises par le MELCC. 

Il est suggéré aux citoyens et aux groupes communautaires intéressés à aménager temporairement un jardin sur un terrain disponible d’effectuer des recherches sur l’historique de ce terrain en consultant ces deux répertoires : 

Ces listes ne répertorient cependant pas tous les terrains contaminés pouvant exister sur le territoire de la Ville de Montréal, mais uniquement ceux qui ont été portés à l'attention du MELCC ou de la Ville. 

Les citoyens et les groupes communautaires peuvent également s’informer si des activités industrielles ont pu se dérouler autrefois sur le terrain convoité en consultant le propriétaire du terrain et les citoyens qui demeurent à proximité du site depuis longtemps. 

La Ville de Montréal rend également disponible une carte qui présente la localisation et les limites approximatives des anciennes carrières et dépôts de surface situés sur son territoire. Diverses problématiques peuvent être associées à ces terrains : instabilité du terrain, présence de sols contaminés et de biogaz. 

Examen visuel et olfactif

Il est possible d’examiner les sols du terrain, car la présence d’odeurs, de couleurs ou de débris peut signifier que les sols sont contaminés. Si vous découvrez la présence de débris de construction, de traces de charbons ou d’odeurs de produits pétroliers, les sols du terrain pourraient être contaminés. Attention, l’absence d’odeur suspecte ou de débris visibles ne signifie cependant pas que le sol est exempt de contamination.

Analyses des sols

La seule façon de s’assurer que les sols d’un terrain ne sont pas contaminés est de faire une caractérisation exhaustive du terrain, ce qui implique de faire affaire avec des spécialistes afin de prélever et analyser des échantillons de sols à différents endroits du terrain et à différentes profondeurs. Cependant, une telle démarche peut engendrer des coûts d’analyse importants puisque plusieurs substances sont susceptibles de contaminer les sols.  Si on découvre que le terrain est contaminé, les coûts de décontamination sont également importants. 

Il n’est pas recommandé de réaliser des analyses des sols de surface du terrain ciblé. En effet, ces analyses nous renseignent uniquement sur la présence de contamination en surface à l’endroit où l’échantillon a été prélevé et ne nous donnent pas d’information sur la présence de contamination plus en profondeur pouvant tout de même être accessible aux racines des plantes. Si le terrain est grand, l’échantillon pourrait ne pas être représentatif de l’ensemble du terrain. 

S’il y a des signes de contamination

Si les résultats de vos recherches indiquent que le terrain semble ou est contaminé, il est important d’isoler les racines des végétaux de la contamination du sol. Deux solutions peuvent être utilisées : i) installer des bacs sur le sol en place en tapissant le fond d’une géomembrane (membrane de plastique) et en remplissant ces bacs de terre propre (<critères A), ou ii) installer une géomembrane sur les sols potentiellement contaminés et recouvrir cette membrane d’une bonne épaisseur de sols propres (<critères A) propices à la culture. Dans les deux cas, il est important d’assurer un drainage adéquat de l’eau afin que le milieu de culture ne soit pas inondé lors des fortes pluies à cause de la géomembrane imperméable.

S’il n’y a pas de signe de contamination

Si le terrain ne semble pas contaminé, mais qu’il n’y a pas de confirmation par une étude de caractérisation exhaustive, les deux mêmes solutions citées ci-haut (bacs ou sols propres ajoutés au-dessus des sols déjà en place) devraient être retenues. La géomembrane peut alors être remplacée par un géotextile qui permet le passage de l’eau de pluie tout en confinant la majeure partie des racines des plantes dans les sols propres. Si le moindre doute persiste quant à la possibilité que les sols du terrain convoité soient contaminés, il est cependant préférable d’utiliser une géomembrane plutôt qu’un géotextile malgré les inconvénients reliés à ce matériau.

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Éditée par : Santé publique.
Dernière mise à jour le : 12 septembre 2019