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Regard sur l’itinérance à Montréal - Entrevue avec M. Samuel Watts, PDG de la Mission Bon Accueil

Regard sur l’itinérance à Montréal - Entrevue avec M. Samuel Watts, PDG de la Mission Bon Accueil

Entrevue avec un homme d'exception

Cet article fait suite au texte sur la formidable initiative mise de l’avant en un temps record cet hiver: l’unité de débordement temporaire en itinérance de l’Hôpital Royal-Victoria (le projet RVH). Derrière cette réussite, tous s’entendent pour dire qu’il y a la mobilisation exceptionnelle du ministère de la Santé et des Services sociaux, de la Ville de Montréal, du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal et de nombreux partenaires communautaires et intersectoriels. Au cœur de ces organisations, il ne faut surtout pas oublier de souligner le travail efficace et acharné de personnes d’exception comme Sam Watts, PDG de la Mission Bon Accueil.

M. Sam Watts a eu la gentillesse de rencontrer Diane LeBel du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal pour répondre à quelques questions au sujet de ce projet, et aussi, pour nous éclairer sur la situation de l’itinérance à Montréal.

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Diane LeBel (DL) : Vous êtes le PDG de la Mission Bon Accueil. Depuis combien de temps œuvrez-vous auprès des personnes en situation d’itinérance? Qu’est-ce qui vous a amené à embrasser cette cause?

Samuel Watts (SW) : La Mission Bon Accueil existe depuis 127 ans, mais j’y travaille depuis seulement trois ans. Je viens d’une famille de sept enfants. Dès mon jeune âge, mes parents m’amenaient faire du bénévolat. J’ai toujours été sensible aux gens qui vivaient avec de très maigres moyens. Nous n’avions pas tellement d’argent, mais je savais que, chaque jour, nous aurions trois repas. J’ai été chanceux dans ma vie et j’ai eu une carrière extraordinaire dans le mode des affaires. Quand j’ai reçu l’appel du CA de la Mission Bon Accueil pour en devenir le PDG,  j’ai d’abord dit non. Puis mon épouse m’a dit : « Eh, c’est la Mission Bon Accueil! C’est comme si le Canadien t’appelait… Refuserais-tu? ». Alors j’ai accepté parce que je partageais la même vision et le même but que la Mission : Redonner la perception de la dignité. Personne ne choisit la pauvreté. Pour la plupart de ces personnes, ce sont des circonstances de la vie, trois ou quatre événements de suite ou encore des mauvais choix, qui font en sorte qu’ils se retrouvent dans la rue.

DL : Quels sont les critères d’admission à la Mission Bon Accueil? On entend régulièrement qu’itinérance rime souvent avec alcool et drogue. Est-ce le cas? Les gens qui arrivent à la Mission en état d’ébriété ou intoxiqués sont-ils refusés?

SW : La Mission n’héberge que les hommes. Les femmes peuvent venir manger à la cafétéria mais ne peuvent dormir à la Mission. C’est une question de sécurité : ici, il y a 230 hommes tous les soirs et, à l’origine, le bâtiment a été construit pour en héberger 50! C’est toute une logistique. Les animaux ne sont pas admis à la Mission également par souci de sécurité. Amener des animaux dans le milieu compliquerait un peu les choses. Ce qui ne veut pas dire qu’en période de grand froid ou de canicule on refuserait une personne qui arriverait avec son chien! Ils pourraient, par exemple, rester à la cafétéria. On peut toujours s’arranger. Ils seront bien accueillis.

On offre un programme pour les femmes : le service s’appelle Cœur à sœur. Il a pour but de donner du soutien aux jeunes mamans (souvent âgées de 18 à 20 ans) qui se trouvent en situation précaire. C’est souvent le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal qui les dirige vers nous. On les aide à s’approprier leur rôle de mère, on leur donne de l’argent pour s’occuper de leur enfant (de 0 à 5 ans), on les aide à chercher un logement. Dans la vaste majorité des cas, les jeunes femmes qui accèdent à un logement y restent, ce qui n’est pas forcément le cas chez les hommes. Mais surtout, le visage de l’itinérance à Montréal se transforme. On reçoit de plus en plus d’hommes âgés de 55 à 65 ans.  C’est différent d’avant, et d’ailleurs. Si je regarde les statistiques nord-américaines, il y a plus d’hommes âgés en situation d’itinérance à Montréal qu’ailleurs. On se demande pourquoi.

Pour la deuxième partie de votre question, oui, itinérance rime très souvent avec alcool et drogue. Les personnes qui arrivent en état d’ébriété ou droguées ne sont pas refusées : si elles peuvent se tenir debout, elles sont bienvenues chez nous comme dans les autres ressources. Autrement, ces personnes sont dirigées vers un centre de dégrisement ou cueillies par les policiers.

DL : Comptez-vous des professionnels comme des travailleurs sociaux et des psychologues au sein de la Mission?

SW : Oui. Ils font partie d’un groupe qui s’occupe des gens en itinérance : le groupe d’intervention et d’accompagnement. Un genre de « salle d’urgence » ou « d’hôpital » à tous les soirs! Quand j’ai parlé au ministre Barrette, à l’époque, et à la ministre McCann aujourd’hui, je leur ai dit : « Nous dépannons le système! Si on amène une personne en situation d’itinérance à l’hôpital, c’est chaotique. Pas seulement pour l’hôpital, mais aussi pour l’individu. En communauté, on est capable de donner un soin et de diriger cette personne vers des ressources. Ça prend du temps, mais un lien de confiance doit être établi. Avec ce lien, on peut accompagner ces gens. C’est notre travail : intervenir et accompagner. »

DL : Est-ce que des liens se créent entre les personnes qui fréquentent la Mission?

SW : Il existe une communauté de gens en situation d’itinérance chronique qui se connaissent. Ils ont même un réseau de communication et s’échangent de l’information : par exemple, il peut arriver que le mot circule qu’un soir, le repas soit meilleur à la Mission qu’ailleurs! Ils le savent parce qu’ils se parlent, mais ce n’est pas toujours le cas. Plusieurs sont solitaires. Pour certains, l’itinérance est devenue un style de vie. Ce n’est pas souhaitable. C’est ce qu’on veut éviter. Lorsque quelqu’un se présente pour la première fois, on pose toujours deux questions : 1. Pourquoi êtes-vous ici? Et on écoute la réponse. 2. Que peut-on faire pour vous aider à trouver un logement? Pour nous c’est vraiment important de saisir une occasion comme celle-là pour aider la personne à s’en sortir le plus rapidement possible. Aussitôt qu’une personne développe les habitudes de la rue, l’itinérance devient pour elle sa zone de confort. La perspective de prendre un logement lui crée beaucoup d’anxiété. Pour de nombreuses personnes en situation d’itinérance, les risques d’entrer en logement sont plus élevés que ceux de rester dans un réseau où elles peuvent aller ici et là et faire ce qu’elles veulent. Elles ont l’habitude du refuge : on leur fournit lit, repas, douche et vêtements.

DL : Quand il n’y a plus de place pour les accueillir, que faites-vous ? Qu’est ce qui explique la situation de débordement cette année, est-ce le froid jumelé à des critères d’exclusion (animaux, par exemple)?

SW : On travaille tous ensemble. S’il n’y a plus de place à la Mission, nous communiquons tout de suite avec une autre ressource (La Maison du père, la Mission Old Brewery, ou ailleurs), selon la disponibilité des lits. Si c’est complet partout, nous accueillons des personnes à la cafétéria. Il y a aussi Halte-Chaleur à Montréal. Je constate que le projet de l’Hôpital Royal-Victoria rejoint les gens qui ne se présentent pas aux refuges et qui veulent rester dans la rue durant la soirée, mais qui aimeraient une place pour dormir la nuit alors que les refuges sont remplis à pleine capacité dès 15 heures. C’est eux que l’on souhaite rejoindre. Grâce à ce projet, on peut aller les chercher avec la navette et les conduire à RVH. Au sujet du débordement, on n’a pas trouvé la source. Il y a toujours de nouveaux cas qui se présentent. La bonne nouvelle, c’est que depuis deux ans, 1 137 personnes qui étaient en situation d’itinérance chronique sont maintenant en logement. C’est un succès pour ces personnes.

DL : Comment en êtes-vous venus à travailler avec les CIUSSS de Montréal? Ce qui m’amène à vous demander de me parler davantage du projet de l’unité de débordement - dont vous êtes le coordonnateur,- et de sa mise en œuvre.

SW : Dans le plan d’action intersectoriel en itinérance, c’est le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal qui gère l’enveloppe du financement. Comme partenaire, nous travaillons avec lui de même qu’avec le CIUSSS du Centre-Ouest de l’Île-de-Montréal. Durant plusieurs années, nous ne faisions qu’appliquer un pansement sur l’itinérance : les gens venaient, on leur donnait un repas puis un lit. Ils repartaient pour revenir ensuite, et ça tournait en rond. On pensait que l’on faisait la bonne chose. On s’est aperçu qu’il fallait améliorer les façons de faire. Maintenant, nous sommes bien alignés avec les services du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal : on vise à régler un problème plutôt que de continuer à donner un soutien temporaire, bien que les refuges répondent quotidiennement à un besoin. Le programme réaffiliation itinérance et santé mentale (PRISM) est d’ailleurs un bon exemple de partenariat entre le réseau de la santé et les refuges. C’est une bonne piste vers le logement. Beaucoup de personnes en situation d’itinérance souffrent d’un  problème de santé mentale. Est-ce que ça explique pourquoi ils sont dans la rue? C’est une explication mais moi je ne l’accepte pas. On voit des gens qui tournent en rond dans notre stationnement toute la journée, parlant à des objets ou à des personnes imaginaires. Avec une intervention en santé mentale d’une période de 6, 10 ou 12 semaines, ils deviennent stables et sont en appartement. Avant, ces personnes étaient envoyées à l’hôpital. Ce n’est pas le bon endroit pour eux. À l’hôpital, il faut être capable de parler pour soi-même, de savoir où aller, de bien écouter et de comprendre les consignes qui nous sont données. Ce n’est pas le cas pour la majorité des gens qui souffrent de maladie mentale et qui sont en itinérance depuis un bon bout de temps.

Le partenariat avec les CIUSSS c’est tellement important! Et ça marche! On partage les mêmes visions. Avec les collègues des autres ressources (Mission Old Brewery, La Maison du père et Accueil Bonneau), nous sommes en mode solutions. Oui, il y a des problèmes mais il y a aussi des solutions possibles et on les propose au lieu de toujours parler des problèmes sans apporter de solutions. Bien que ce ne soit pas une solution parfaite, le projet RVH est un exemple probant d’un partenariat efficace : en 30 jours, soit du 15 décembre au 15 janvier – et malgré les congés des Fêtes -,  tout était ficelé : le projet a été présenté à la mairesse de Montréal, Mme Valérie Plante, qui lui a donné son assentiment. Pour l’emplacement, nous avions d’abord pensé à des gymnases ou à des bâtiments vides appartenant à la Ville. L’endroit devait impérativement être chauffé et avoir des salles de bain. Nous voulions un lieu pour accueillir tout le monde, de tous les genres. En toute franchise, c’est davantage Julie Grenier du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal et son équipe qui ont ciblé le RVH. Moi j’ai apporté l’idée suivante : si vous êtes capable de me donner un lieu et du financement, je vous donne ma parole que d’ici 30 jours on sera ouverts! J’ai ouvert ma grande bouche et tout le monde a dit oui! C’est lors de la réunion avec Mme Plante que Julie a proposé le RVH. C’est avec ça qu’on a embarqué. Nous sommes allés faire une inspection des lieux le lendemain… et en moins de deux, le projet fut lancé, mis sur pied par le travail concerté du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, du SPVM, d'Urgence-santé, de la Mission Old Brewery, de l'Accueil Bonneau, de La Maison du père, de la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP), de la Croix-Rouge et de la SPCA qui a même envoyé des vétérinaires sur place! Nous sommes fiers d’avoir été capables d’ouvrir une ressource comme l’unité au RVH, et en si peu de temps. C’est une première. Nous partagions le même but et connaissions nos forces respectives; il y avait un lien de confiance entre les partenaires. Nous savions que c’était tout un défi, mais étions déterminés à le relever!

DL : Est-ce que des intervenants de la Mission Bon Accueil sont présents à l’unité de débordement du RVH?

SW : Oui. Dans ce projet nous avons tous nos rôles et enjeux particuliers. La Mission est là tous les soirs et veille à l’aspect opérationnel. La Maison du père vient à chaque matin pour nettoyer les lieux et faire l’entretien, la Mission Old Brewery gère le service de navette et est responsable du transport; l’Accueil Bonneau reçoit le matin à ses locaux les personnes en itinérance pour leur donner le petit déjeuner. On travaille aussi avec des ressources pour les femmes comme le Pavillon Patricia MacKenzie et Le Chaînon. Il y a des pépins occasionnels, mais on en vient toujours à bout!

DL : Quels sont les plus grands défis de ce projet?

SW : Celui de ne pas savoir quels cas nous recevrons, chaque nuit. Un refuge d’urgence comme la Mission Old Brewery ou le nôtre accueille surtout des habitués. On les connaît. Si ce n’est pas le cas, on en découvre davantage à leur sujet au cours de la soirée. Ce n’est pas la même chose pour RVH. Un journaliste me demandait : quelles sont vos craintes par rapport au projet RVH? Ma première crainte était qu’on ouvre et que personne ne vienne! Cela n’a certainement pas été le cas : 33 personnes sont venues la première soirée, puis ensuite, de 60 à 70 par soir.

DL : Qu’est ce qui est le plus satisfaisant?

SW : Être capable de prouver que le partenariat fonctionne. Il y a toujours des gens qui vont parler contre les solutions, parce que les solutions ne sont jamais parfaites. Mais pouvoir démontrer qu’il y a des résultats tangibles et qu’ils sont le fruit d’un partenariat bien conçu et bien exécuté, on a de quoi être fier. Je suis tellement fier des équipes du terrain et des gens d’initiative qui veulent faire bouger les choses, même si ce n’est pas dans les plans. Fier aussi des  gestionnaires impliqués. Je pense à Émilie Fortin qui s’occupe de toutes les dimensions de l’itinérance à la Mission Old Brewery. Elle a passé une nuit entière dans la navette. Je pense à Emmanuel Lafontant, vice-président, intervention et accompagnement à notre Mission Bon Accueil, qui a passé toute la fin de semaine à RVH. Tout le monde s’implique parce qu’on veut vraiment que ce soit un succès. On a dit « On est capable de le faire » et on l’a fait. Je le pensais, mais là j’en ai eu la preuve.

DL : Comment faire avec les personnes qui refusent d’aller dans un refuge pour la nuit en période de grand froid ou de canicule?

SW : On essaie de les convaincre mais c’est souvent le SPVM (l’équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII)) qui intervient. L’existence du projet RVH a beaucoup aidé les policiers parce qu’ils peuvent appeler la navette même à 23 heures pour qu’elle vienne chercher la personne qui, au moins, pourra dormir au chaud durant 4 ou 5 heures. Le SPVM participe à une formation que nous donnons pour mieux comprendre la réalité des itinérants. Les policiers sont formés pour régler les situations rapidement. C’est leur travail.  Mais pour les personnes en situation d’itinérance, il faut aller lentement, les laisser parler, les laisser dire des « niaiseries » et avoir un certain recul, bâtir un lien de confiance; ça prend du temps. Ce n’est pas forcément quelque chose qui vient naturellement pour des gens appelés à agir dans l’immédiat comme les policiers, et ce, pour de bonnes raisons. Tous les mois, les policiers – en uniforme - viennent à la Mission servir un repas, et sont bien reçus. Il n’y a pas deux ans, c’était une toute autre histoire : un policier se présentait à la Mission et les gens se dispersaient, craintifs. Plus maintenant. C’est une belle initiative que nous a proposé le SPVM, et que nous avons acceptée.

DL : On a l’impression que l’itinérance est plus complexe qu’elle ne l’était. Est-ce une perception? Si, en effet, elle l’est, quelles en sont les raisons et par quoi cela se traduit-il?

SW : Ce n’est pas une perception : l’itinérance est beaucoup plus complexe qu’elle ne l’était. Permettez-moi un retour historique. L’itinérance comme telle n’existait pas avant la deuxième guerre mondiale. Il y avait des gens qui se promenaient, il y avait des maisons transitoires, il y avait des cuisines où on servait de la soupe, mais ce n’est que vers 1958 que l’on a commencé à offrir un toit aux personnes itinérantes. Donc, le phénomène d’itinérance comme on le connait aujourd’hui a commencé dans les années 60. C’est donc assez récent. Durant la période d’après-guerre, la société est devenue plus riche et des écarts se sont créés, avec des conséquences telles que la pauvreté, l’exclusion, les problèmes de santé mentale, les difficultés avec l’alcool, la consommation de drogues et plus récemment les drogues dures et les opioïdes. C’est sans compter l’arrivée des casinos, des jeux en ligne, des loteries, etc.  Les personnes qui viennent aux refuges ont de souvent de graves problèmes issus de l’un ou l’autre de ces éléments.

À la Mission, on voit surtout des gens dont les relations familiales ont été brisées. On peut souvent jumeler à cela une perte d’emploi, un problème de santé ou encore une peine d’amour. Une majorité d’hommes se présentent ici une première fois parce que leur blonde les ont mis à la porte. Ces personnes ont pour la plupart vécu des événements traumatisants durant leur adolescence et n’ont jamais vraiment été capables d’en parler. Ça traîne dans la vie et ça les suit comme un fardeau. On voit de plus en plus de personnes – surtout des hommes - qui ont travaillé manuellement toute leur vie, dans la construction, par exemple, qui ne sont plus capables de travailler physiquement en raison de leur santé ou de leur âge. Et c’est tout ce que ces personnes savent faire. Elles n’ont pas d’éducation, elles n’ont jamais atteint une indépendance financière et elles vivent de semaine en semaine. Le monde a changé et ces personnes ont de la difficulté – ou sont incapables – de suivre cette évolution. Aussi, la société en devient davantage une de services. On assiste à des changements technologiques. Ces mêmes personnes ne sont pas familières avec l’informatique; elles ont généralement des problèmes de santé mentale et viennent souvent des régions. Dans ce dernier cas, on leur demande, à l’arrivée, si elles ont de la famille ou des gens qu’ils connaissent là-bas. Si on peut les acheminer vers un système de soutien, c’est un excellent début. Mais malheureusement, c’est assez fréquent que les ponts aient été brûlés.

DL : De votre point de vue, la situation de l’itinérance à Montréal s’améliore-t-elle, stagne-t-elle ou se détériore-t-elle? Pensez-vous qu’un jour on mettra fin à l’itinérance?

SW : Pour les personnes qui sont logées, c’est un succès. Est-ce qu’on voit plus de monde en situation d’itinérance? Je dirais oui. Pourquoi? On se pose tous la question et travaillons là-dessus. Un dénombrement est disponible. Cela nous donnera peut-être certaines pistes, d’où l’importance d’obtenir des chiffres de base et un aperçu du terrain. Cet exercice permet aussi de déterminer le financement accordé. Si le CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal veut investir dans nos projets pour mettre fin à l’itinérance chronique, il faut connaître ces données. Quand à votre question à savoir si un jour on mettra fin à l’itinérance, je crois que oui. L’itinérance chronique ne devrait pas exister au XXIe siècle, au Canada. Il y aura toujours des gens qui se trouveront en situation précaire ou en itinérance épisodique, mais la solution, – et je le répète toujours  -, c’est de rejoindre les gens rapidement, aussitôt qu’ils se trouvent dans cette situation-là, pour les aider à la régler dès que possible. Les laisser partir dans un réseau, ou bâtir des réseaux qui sont plus grands pour les aider à circuler, ce n’est pas la réponse. J’entends souvent -  même des élus parfois -, qu’il faut construire plus de refuges d’urgence. Moi je dis, au contraire, il faut diminuer le nombre de refuges et augmenter le nombre de logements. Oui, pour l’instant on a besoin de refuges. On a besoin du RVH, les faits sont clairs. Mais je pense malgré tout que l’on est sur la bonne voie pour mettre fin à l’itinérance chronique.

DL : Le RVH constitue un projet temporaire qui n’est pas appelé à se répéter. Que ferez-vous après le 15 avril? (fermeture de l’unité de débordement)?

SW : Je ne sais pas. Le projet RVH a été conçu pour offrir un gîte temporaire durant l’hiver aux gens qui dorment dans la rue et pour éviter qu’ils restent dans une halte-chaleur ou dans un centre commercial où ils ne peuvent pas dormir. L’autre façon de voir les choses, c’est « on va les laisser dormir dans les rues, sauf en période de grand froid ou de canicule ». Pour moi, ce n’est pas une solution, ce n’est pas digne. Ce que je vise, c’est que l’on soit capable de régler le problème de l’itinérance et de ne plus avoir besoin de ces ressources.

DL : L’offre de service en matière d’itinérance est-elle adéquate à Montréal?

SW : À Montréal, c’est très professionnel. J’ai eu la chance de voyager à travers l’Amérique du Nord et de voir les autres services : ici, c’est franchement bien. Les intervenants sont bien formés, on offre un excellent soutien. Montréal est peut-être la seule ville que j’aie vue où toutes les ressources majeures et les gens qui les entourent sont en lien. J’ai vu beaucoup d’exemples du contraire (faire sa  propre petite chose dans son coin, penser qu’on est les meilleurs à le faire, ne pas parler aux autres ressources sauf si c’est nécessaire). Ce n’est pas la façon de faire. C’est par le partenariat qu’on réussit. Être entouré du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, d’Urgence-santé et du SPVM, fait en sorte que nous sommes tous sur la même longueur d’onde.

Il existe de bonnes solutions qui viennent d’ailleurs. Par exemple, la ville de Calgary, en Alberta, fait des choses impressionnantes et applique des méthodes qui ont fait leurs preuves. Elle mettra fin à l’itinérance d’ici cinq ans. C’est déjà le cas pour la ville de Medicine Hat : itinérance zéro. Ces mesures sont exportables. Il faut être ouvert à d’autres façons de faire et les prendre en considération, même si ça vient d’ailleurs! Au Canada comme ailleurs, il y a des villes qui font des choses intéressantes et efficaces. Et pour d’autres villes… c’est une véritable catastrophe… on dirait le tiers-monde!

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Dernière mise à jour le : 21 juin 2019